La boutique est claire : c’est la première impression. Les livres sont disposés simplement sur les tables, ou sur les étagères de bois blond, comme « chez-vous ». Cette simplicité du décor met terriblement en valeur « l’objet livre ». José Manuel Ulloa Canas, libraire et maître des lieux déclare : « Moi, j’ai la passion du livre objet ».
Les titres qui s’offrent au regard semblent tenir la distance : ni trop connus, vus et revus, galvaudés, ni trop lointains, inconnus pleins d’un savoir pesant. Non, ils semblent bien dans l’air du temps, dans l’air de la curiosité, posés dans ce cercle intime qui vous donne envie d’aller plus loin, qui donne envie de découvrir. Visiblement l’homme ne s’intéresse pas qu’à l’objet, son art de choisir les « contenus » frappe aussi d’emblée. C’est rare cette ambiance. Cela tient peut-être au nombre de livres (3 000 titres environ), ni trop peu, ni l’avalanche aveuglante qui déferle sur vous, dans les grandes surfaces du livre.
Nous sommes dans une librairie de quartier, et le libraire d’expliquer : « Ce que je veux créer, c’est une librairie de proximité, proche des gens. Je l’ai d’ailleurs baptisée "Librairie Dampierre", pour bien l’ancrer parmi les gens, dans un lieu. Une librairie, c’est un nouveau pôle culturel dans la ville, pour tous les habitants. Je prévois d’y organiser des animations culturelles. »
Mais comment cet homme, qui vous regarde entrer depuis son comptoir comme un capitaine sur son bateau et semble vous dire « Bienvenue à bord », a-t-il jeté l’ancre ici ? « C’est le hasard – et la nécessité », répond-il en souriant, après un instant de réflexion. « Je visitais un appartement dans le quartier. L’appartement était une catastrophe, mais j’ai remarqué dans la vitrine de l’agence immobilière une annonce concernant un bail à céder. L’agence n’a même pas su me donner d’adresse précise, juste « avenue Henri-Ravera. Alors j’ai cherché et j’ai trouvé la boutique en question, une mercerie. Elle m’a tout de suite plu, par sa situation. J’étais en reconversion professionnelle, après avoir été licencié de mon poste de documentaliste dans un organisme d’enseignement professionnel et l’idée de créer une librairie me trottait dans la tête depuis longtemps. J’habitais Bagneux, j’étais persuadé qu’une librairie manquait dans la ville et j’ai été immédiatement convaincu que c’était bien le seul endroit possible pour l’ouvrir ! ».