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Le peuple de l'écologie et son 'Elu'.


Les dix candidats à l’élection présidentielle, signataires du Pacte écologique, sont venus, le 31 janvier 2007, au musée du quai Branly, confirmer solennellement leur engagement, devant les représentants des ONG environnementales, la presse, mais aussi 50 citoyens signataires du Pacte écologique. Qui sont ces Grands Témoins, comme les appelle Nicolas Hulot ?
Reportage.


Le peuple de l'écologie et son 'Elu'.
Je suis assise parmi les 50 signataires « Grands
Témoins » chargés de représenter les quelques
500 000 internautes signataires du Pacte – ce 31 janvier. Ils sont, à l’heure où j’écris (2 février), plus de 580 000 !
Comme eux, j’ai été tirée au sort, après m’être inscrite sur le site du Pacte pour manifester mon désir de participer. Nous sommes placés, avec les représentants des ONG, au centre de l’auditorium. Devant la scène, quelques rangs vides sont réservés au travail des photographes ; les autres journalistes sont installés derrière, au fond de la salle.
Mais qui sommes-nous ? Militants d’une nouvelle ère, venus assister, pour certains de loin, à cette cérémonie, unique en son genre. Les dix candidats à l’élection présidentielle, signataires du Pacte écologique vont laisser, les uns après les autres, comme en « gage » leurs signatures, sur le tableau blanc posé sur l’estrade.
Je profite d’un intervalle, entre deux candidats, pour engager la conversation avec ma voisine.

Alicia, vient de Mâcon. Pour être au rendez-vous ce matin, à 7h45, elle a dormi à Paris, hébergée par une famille lointaine, qu’elle ne connaissait pas. Elle leur a expliqué le but de sa venue : « Ils ne sont pas concernés, mais ils m’ont écoutée. » dit-elle. On imagine l’aventure, débarquer ainsi en affichant ses convictions chez des inconnus, certes bienveillants – ils sont de la famille – mais tout de même cela dépasse le simple « clic » devant son écran ! Elle repartira vite pour Mâcon et travaillera « non stop » jusqu’à la fin de la semaine, pour « rattraper ». S’intéressait-elle à la politique depuis longtemps ? « Non, c’est en lisant le Pacte écologique* et Le Syndrome du Titanic, (toujours de Nicolas Hulot), que j’ai décidé de m’engager. Les partis sont creux. L’écologie a une place très importante dans ma vie.»
Cette jeune femme de 24 ans, professeur dans l’enseignement agricole ajoute : « Je poursuis des études pour devenir professeure de bio-écologie. L’enseignement des lycées professionnels agricoles dépend uniquement du ministère de l’agriculture. C’est un vrai problème que cet enseignement n’ait pas sa place aussi au sein de l’Education nationale, que l’enseignement de l’écologie ne soit réservé qu’à quelques élèves d’une branche « professionnelle ! » Nicolas Hulot a-t-il bien fait de ne pas se présenter ? « Oui, il a bien fait, assure-t-elle, c’est courageux de sa part de faire confiance aux politiques et de respecter ainsi sa parole. Et puis, s’il avait réalisé un faible score, cela aurait été néfaste pour cette prise de conscience qu’il a fait naître, et qu’il faut continuer à défendre. » Alicia est très engagée professionnellement pour l’écologie, mais c’est son premier geste « politique », elle le considère ainsi. Elle est par ailleurs responsable d'une association de protection de site dans sa région, « Les carrières de la Lie ».

Arnaud et Jérôme, la petite trentaine, sont eux venus de Caen. Ils sont tous les deux sapeurs pompiers professionnels à la caserne de Couvrechef. Pour Arnaud : « La population est mal informée sur la réalité du problème. On ne voit qu’une partie du phénomène d’urgence écologique, il n’y a pas de prise de conscience. C’est après avoir vu le DVD d’Al Gore et lu le Pacte écologique, ajoute-t-il, que j’ai décidé de m’engager. J’en parle maintenant ouvertement avec mes collègues, pour essayer de les faire bouger. » Est-il déçu par la décision de Nicolas Hulot de ne pas être candidat ? « j’ai été déçu, et puis très vite j’ai ressenti cela comme un encouragement. Cela va nous aider à placer le lobbying des consciences au dessus de tout. » Arnaud s’interrompt pour aller vérifier si sa voiture n’a pas été enlevée de la place trouvée un peu trop vite à son arrivée ce matin… Tous ces gens, n’ont été remboursés d’aucun frais de déplacement…

Toujours Al Gore et Hulot à la source de l’engagement de Jérôme, mais il précise : « Je me suis intéressé d’abord à l’écologie par le biais de l’alimentation. Les gens sont de plus en plus malades, et je pense que cela est lié à l’alimentation. Moi, je fais attention à ce que je mange et je suis moins malade ! Et puis je suis allé à la conférence de Nicolas Hulot à Nantes, le 15 janvier, poursuit-il, il y avait 2 500 personnes et la salle dégageait un respect inouï pour le bonhomme. J’ai pris conscience de ce que j’allais laisser à mon petit garçon de six mois. Sa naissance a sûrement été pour moi un déclic supplémentaire. Alors, j’essaye de faire passer le message à la caserne. »
Pour ces deux professionnels de l’urgence, même s'ils ne le disent pas ouvertement, il parait inconcevable de protéger la population sans être conscient de l’urgence écologique : ils insistent tous les deux sur leur désir de faire bouger leurs collègues…

Devant moi, Jean-Luc vient de Tours et travaille à la SNCF. Pour lui, c’est en observant combien les inquiétudes quant à l’avenir de la planète étaient partagées, qu’il a pris conscience du danger. Tout comme pour Philippe son voisin, qui déclare ne s’être engagé jusqu’ici en faveur de l’écologie que par le vote, Jean-Luc pense que le « rassemblement est nécessaire ». Il votera pour le candidat « qui mettra le plus d’enthousiasme pour le Pacte ». Mais il précise : « Cela ne voudra pas dire que je me sentirai plus attaché à celui-là plutôt qu’à un autre. » Ce qui compte pour lui, c’est la prise de conscience de l’urgence écologique, pas la politique.

Et Agathe, ma voisine de droite :
- « Quand j’ai su que Nicolas Hulot, ne se présentait pas, j’ai voulu transformer mon action en engagement politique. J’ai cherché alors à me rapprocher des militants Verts de ma commune, Malakoff. Ce sont eux qui ont le plus de chance de faire valoir les propositions du Pacte. » Cela fait 4 ou 5 ans qu’Agathe - 30 ans - s’intéresse à l’écologie. Elle s’est engagée d’abord dans le développement culturel, avant de s’intéresser à l’alimentation et aux produits cosmétiques « bio ».

Plus tard, à la sortie, je remarque un homme qui semble avoir fait de son engagement en faveur de l’écologie un mode de vie, et depuis longtemps. Son look tranche dans le groupe. Il évoque l’époque « post 68 », avec ses longs cheveux gris, son chapeau, sa cigarette roulée, son écharpe rouge et son gilet « tissé main ». Jef, c’est son nom, vient de la région de Valence. Lorsque je lui demande s’il est « militant » écologiste, il semble réticent :
« Non pas vraiment. » Avant d’ajouter que « oui, dans son mode de vie, sa maison, oui, il est écologiste. » Jef a beaucoup voyagé, « au plus près des gens », tient-il à préciser. Et chaque jour de marché, à Valence, il interpelle le député-maire UMP, Hervé Mariton, pour qu’il signe le Pacte ! Il lui fait valoir que Sarkozy a signé ! Il lui serre longuement la main, « comme savent faire les politiques », et le retient ainsi le prenant à son propre jeu ! Pour lui qui ne veut pas être étiqueté « militant », afin de marquer son éloignement du monde politique, le « lobbying des consciences » est primordial. Ah les politiques ! « Certains candidats mentent » me dit-il. « Avez-vous remarqué Sarkozy, lorsqu’il se pince légèrement le nez ?» Méfiance ! Il m'apprend un peu plus tard qu'il est le fils de l’un des fondateurs du PSU. Cet homme là, n’est pas né de la dernière pluie, et pourtant il est là ; il a signé le pacte sur Internet et me dit en me quittant : « A bientôt sur le net ». Son engagement citoyen, c’est sûr, passe aujourd’hui, par les forums.

Le peuple de l'écologie et son 'Elu'.

Ainsi, voilà les sentiments et les engagements qui habitent
ce « peuple de l’écologie ».

La cérémonie se termine. Nicolas Hulot intervient pour conclure. Il parle devant une salle debout : « Les candidats ont bien travaillé. Ils se sont engagés. il faudra s'en souvenir.[…] Ne pas tenir cet engagement reviendrait à trahir ses propres enfants, on ne ment pas à ses enfants ».
Quelques instants plus tard, il se tient parmi nous. Il remercie, répond aux questions, engage le dialogue : « Si vous n’aviez pas signé, je ne pourrais rien ; c’est notre victoire. Cela n’a pas été facile, de faire revoir à certains candidats, jusqu’à quatre fois leur copie, de se battre sur un mot. »
Cela fait plusieurs fois qu’il évoque ce point lorsqu’on l’interroge, comme pour affirmer qu’il ne s’est pas contenté de recevoir un facile témoignage de bonne foi – vite oublié, semble-t-il craindre - de la part des candidats. « Cela m’a aidé, reprend-t- il, que vous soyez si nombreux. Il faut continuer, réunir 1 million de signataires. C’est un point inestimable, pour que nous puissions défendre ce Pacte. J’ai fait confiance aux politiques. Ce n’est pas simple pour eux ; ils sont au centre d’intérêts contradictoires, d’une certaine façon, nous les aidons. »

Ainsi voilà comment « l’Elu », du moins celui qui porte virtuellement tant de suffrages, parle, évoquant « ce Lobby des consciences qui nous permettra durablement de faire vivre ce pacte », et citant aussi Victor Hugo : « Il faut relever l’esprit de l’homme […] C'est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même, et par conséquent la paix de l'homme avec la société. »

Vraiment, cette matinée est un événement atypique, extra-ordinaire même.
Soudain une vision, un peu décalée sur l’événement m’envahit, sorte de rêve éveillé.
Une histoire ancestrale de Pacte... Avec un chevalier, semblant sorti d’un conte, entre fiction et réalité, clic « virtuel » et participation bien réelle, en un seul lieu, une seule matinée, des principaux acteurs politiques de notre pays. L'histoire un peu irréelle, de ce chevalier capable de métamorphoser ces mêmes politiques en « beaux et loyaux » personnages qui gagnent sa confiance, et de les réunir pour un hommage à la parole donnée, aidé en cela par un « peuple de l’écologie » qui veille, comme des milliers de petits génies prêts à intervenir, si…

Où Nicolas Hulot nous emmène-t-il donc ?

Dehors, je retrouve quelques "Grands Témoins" et l'atmosphère d'un hiver trop doux qui semble lui aussi nous alerter. Nous cherchons un endroit pour déjeuner. Nous sommes là, en chair et en os, et nous témoignerons.

A suivre...

Pascale Méker, 2 février 2007

*(plus de 200 000 exemplaires vendus)


Jeudi 1 Février 2007

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