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Ouverture d'une librairie

Le hasard et la nécessité


Une quinzaine de petites librairies, seulement, se créent chaque année dans toute la France *. Un événement d’importance « nationale » s’est donc produit au mois de décembre 2006, dans le vieux bourg de Bagneux tout près de l’église : l’ouverture d’une librairie.
Le libraire courageux, a décidé de venir s'installer, ici, là où on l'attendait le moins mais où finalement il manquait tant !


La Librairie Dampierre
La Librairie Dampierre
La boutique est claire : c’est la première impression. Les livres sont disposés simplement sur les tables, ou sur les étagères de bois blond, comme « chez-vous ». Cette simplicité du décor met terriblement en valeur « l’objet livre ». José Manuel Ulloa Canas, libraire et maître des lieux déclare : « Moi, j’ai la passion du livre objet ».
Les titres qui s’offrent au regard semblent tenir la distance : ni trop connus, vus et revus, galvaudés, ni trop lointains, inconnus pleins d’un savoir pesant. Non, ils semblent bien dans l’air du temps, dans l’air de la curiosité, posés dans ce cercle intime qui vous donne envie d’aller plus loin, qui donne envie de découvrir. Visiblement l’homme ne s’intéresse pas qu’à l’objet, son art de choisir les « contenus » frappe aussi d’emblée. C’est rare cette ambiance. Cela tient peut-être au nombre de livres (3 000 titres environ), ni trop peu, ni l’avalanche aveuglante qui déferle sur vous, dans les grandes surfaces du livre.
Nous sommes dans une librairie de quartier, et le libraire d’expliquer : « Ce que je veux créer, c’est une librairie de proximité, proche des gens. Je l’ai d’ailleurs baptisée "Librairie Dampierre", pour bien l’ancrer parmi les gens, dans un lieu. Une librairie, c’est un nouveau pôle culturel dans la ville, pour tous les habitants. Je prévois d’y organiser des animations culturelles. »
Mais comment cet homme, qui vous regarde entrer depuis son comptoir comme un capitaine sur son bateau et semble vous dire « Bienvenue à bord », a-t-il jeté l’ancre ici ? « C’est le hasard – et la nécessité », répond-il en souriant, après un instant de réflexion. « Je visitais un appartement dans le quartier. L’appartement était une catastrophe, mais j’ai remarqué dans la vitrine de l’agence immobilière une annonce concernant un bail à céder. L’agence n’a même pas su me donner d’adresse précise, juste « avenue Henri-Ravera. Alors j’ai cherché et j’ai trouvé la boutique en question, une mercerie. Elle m’a tout de suite plu, par sa situation. J’étais en reconversion professionnelle, après avoir été licencié de mon poste de documentaliste dans un organisme d’enseignement professionnel et l’idée de créer une librairie me trottait dans la tête depuis longtemps. J’habitais Bagneux, j’étais persuadé qu’une librairie manquait dans la ville et j’ai été immédiatement convaincu que c’était bien le seul endroit possible pour l’ouvrir ! ».

José Manuel Ulloa Canas
José Manuel Ulloa Canas
Nous sommes en juin 2005, José Manuel « a réfléchi un peu, mais pas trop ». Ensuite l’aventure commence par une longue période de gestation. Presqu’un an, de janvier 2006 à l’ouverture en décembre 2006, pour rénover la boutique, effectuer toutes les démarches administratives nécessaires et surtout constituer son stock. A-t-il été aidé, en tant que demandeur d’emploi créateur d’entreprise ? Il déclare tout de go : « Non. Beaucoup d’effets d’annonce, mais en réalité derrière c’est creux. On se lance parce que c’est aussi une alternative au chômage, plus que parce qu’on est aidé. »
La situation économique des librairies indépendantes n'est pas de celle qui vous offre un pactole dans les plus brefs délais, et l’on devine aisément que l’homme n’a pas pris le risque d’ouvrir son magasin pour s’enrichir... Mais au bout de trois mois d’activité, quel est son sentiment sur ses chances de réussite ? : « Je reste optimiste raisonnablement. C’est pas gagné ; je dois d’abord assurer la survie de la librairie, avant d’imaginer en tirer un revenu correct. Nous verrons fin 2007, si mon pari est possible. Mais plusieurs points me donnent confiance. Tout d’abord, l’accueil des clients, tellement spontané et excellent : "Cela manquait à Bagneux.", "Cela manquait au quartier.", "Formidable !" Ce sont des gens du quartier et de Bagneux, ou qui viennent d’ailleurs, Fontenay-aux-Roses, Châtillon ; ce ne sont pas forcément de gros lecteurs, mais ils sont contents. On sent qu’ils entrent pour acheter, même peu, mais surtout pour encourager ! Et tout ça sans publicité ! Et puis, il y a aussi, et c’est un bon signe, un vrai potentiel de lecteurs, heureux de pouvoir trouver des livres près de chez eux ! Enfin, la municipalité semble avoir la volonté de dynamiser le quartier. Il faudrait créer des animations le samedi. », termine-t-il.
José Manuel est aussi un peu rassuré car il a réussi son stock, pour lequel bien sûr, il s’est endetté puisque lorsqu’un libraire constitue son stock, il le paye cash. Sa librairie, bien qu’elle soit « petite » est très bien achalandée.

J’aimerais être aussi une librairie spécialisée Jeunesse.
J’aimerais être aussi une librairie spécialisée Jeunesse.
Et quels sont les livres qui se vendent le mieux ? « Les polars, les livres pour la jeunesse, les BD et la littérature en général. Les beaux livres ne marchent pas vraiment et les essais se vendent moyennement », répond José Manuel Ulloa Canas. « Les collégiens et les lycéens viennent pour acheter les livres recommandés par leurs professeurs, mais en dessous de quarante ans, les clients sont rares ! », ajoute-t-il. Dommage. Heureusement, il y a aussi ces amoureux de la lecture qui passent quelquefois la porte, alors qu’ils n’ont pas beaucoup de temps ni beaucoup d’argent, et n’hésitent pas à choisir quelquefois, un livre dans la collection « Prestige », plutôt qu’en « Poche », bien qu’il soit plus cher, mais plus beau ! Et l’on sent, devant l’anecdote, le libraire aux anges de faire partager sa passion ! Lorsque l’on demande à Monsieur Ulloa Canas quels sont les rayons qu’il aimerait développer : « Le tourisme, le parascolaire et les dictionnaires », dit-il. « En particulier, les manuels d’apprentissage de langue, j’aimerais avoir un maximum de méthodes possibles ! »
Dans les propos de cet homme souriant, tout en rondeur, transparaît une volonté farouche, presque la tentation d’une vocation, celle de transmettre le goût des livres aux générations futures, mais aussi de faire comprendre la force et la grandeur de la langue - de toutes les langues, à travers l’écrit. C’est étonnant. Cela colle bien avec l’ambiance de clarté qui frappe dès l’entrée du magasin, créée par la force du choix des livres présentés, celle d’un passionné. Il y a là, de la graine de « librairie grande qualité». Et c’est tant mieux, car pour une librairie indépendante, seule la qualité peut faire la différence et asseoir durablement son existence.

José Manuel Ulloa Canas est véritablement bien informé et c’est un grand connaisseur de littérature.
José Manuel Ulloa Canas est véritablement bien informé et c’est un grand connaisseur de littérature.
Mais pour l'heure, il faut avancer doucement, faire que dans un an la Librairie Dampierre soit toujours là, et que l'on puisse toujours lire de loin, écrit en lettres blanches étalées fièrement sur la toile bleue de son auvent : "LIBRAIRIE".

Allez-y ! Vous y trouverez les livres de qualité qui viennent de paraître sous le feu des projecteurs, mais aussi ceux qui sont sortis plus discrètement, car José Manuel Ulloa Canas est véritablement bien informé et c’est un grand connaisseur de littérature. Ecouter ses conseils ne devrait pas décevoir. Et bien sûr aussi, le libraire commandera pour vous le livre que vous souhaitez. C’est son travail, il vous aidera à retrouver le titre que vous cherchez.

N’hésitez pas surtout à parler de la Librairie Dampierre autour de vous. Il faut s’y prendre dès maintenant, pour qu’il reste dans le quartier ! Il faut même l’aider à tenir jusqu’au moment où la réalisation de la ZAC Blanchard, lui apportera une nouvelle clientèle potentielle, dans deux ou trois ans…

Pascale Méker

* Evaluation de l'Institut national de formation de la librairie.

Librairie Dampierre
9, avenue Henri-Ravera
92220 Bagneux

Horaires d’ouverture :

Lundi : 15h30 – 19h30
Du mardi au vendredi : 9h30 - 13h et de 15h30 – 19h30
Le samedi : 9h30 – 13h et de 14h – 19h30

Tous les livres sont disponibles sur commande y compris les ouvrages scolaires.
Tél. : 01 42 53 00 90
Fax : 08 21 13 33 69



Dimanche 11 Mars 2007

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