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Callipyges par VRIZ


Georges Vriz est un enthousiaste ! Et cet enthousiasme est contagieux pour ceux qui ont la chance de côtoyer son œuvre.


Vous y découvrirez un monde où la patience et la persévérance sont sources d’une beauté inimitable, vibrante du savoir dessiner et peindre, et sculpter bien sûr, mais aussi de la magie de celui qui, à force de travail, « a trouvé ».

Patience et persévérance

VRIZ, Amadeus - 1991, 153,5 X 91,5 cm ; col. de l'artiste
VRIZ, Amadeus - 1991, 153,5 X 91,5 cm ; col. de l'artiste
Georges Vriz a su déve-
loper un tempérament artistique énorme, là où bien d’autres ne seront toujours que de "petits maîtres". Car il est marqueteur. Dans ce domaine, les heures de travail pour voir apparaître, sur le meuble ou sur le tableau, une « œuvre » se comptent par dizaines.
Et il arrive que cette lenteur, que ce « métier », que requièrent assidûment ces disciplines que l'on nomme trop souvent, avec condescendance,
« arts décoratifs », tue l’élan, bride la créativité.

Mais Vriz, dès l’âge de 17 ans, en plus de l'art de la marqueterie, apprend à dessiner et à sculpter avec Zadkine et Brayer. Il va ensuite, bien que peintre et sculpteur dans son être, travailler le bois, dessiner du mobilier, par amour, par tradition familiale aussi (il est d’une famille d’ébénistes), et pour gagner sa vie, tout bonnement.

La Sibylle de Lybie, d'après Michel Ange ; 81 X 63 cm ; col. part.
La Sibylle de Lybie, d'après Michel Ange ; 81 X 63 cm ; col. part.
A 39 ans, il décide de se consacrer entièrement à l’expression de son « art » et va révolutionner la marqueterie. Il réussit ce tour de force incroyable de rendre le bois aussi
« souple » et profond à l’œil qu’une toile. Il peut enfin jouer des couleurs et des transparences à son aise.
La méthode Vriz est à l'heure actuelle enseignée dans le monde entier.

Il ajoute à cette créativité, qui a su déjouer tous les codes d’un métier millénaire, un immense talent de dessinateur.

Quand la féminité s'éveille.

Callipyge 3 ; terre cuite patinée ; h 7 X37 X 15 cm
Callipyge 3 ; terre cuite patinée ; h 7 X37 X 15 cm
Aujourd’hui, Vriz expose des sculptures : un an et demi de travail comme une ode « aux femmes qui ne sont pas « fil de
fer », dit-il.
Ce sont ses Callipyges.

Tout commence, comme toujours chez lui (rappelez-vous le bois dompté devenu esprit), par la matière : un morceau de terre ; puis une femme qui naît de cette argile ; qui se réveille, s’étire et bouge, se dresse sur son séant.
Cette femme est callipyge, un mot savant venu du grec, pour dire tout simplement qu’elle a de belles et grosses fesses !
Mais chez Vriz, rien de caricatural ; rien que la beauté.

Il est étonnant d'observer combien oui ! Le postérieur est évasé et rebondi. Mais comme chez Ingres (que Vriz évoque par son dessin exceptionnel), la disproportion du corps est créatrice d’une ligne d’une élégance presque surnaturelle.

Callipyge 19 ; terre cuite patinée ; h 26,5 X 20 X 17,5 cm
Callipyge 19 ; terre cuite patinée ; h 26,5 X 20 X 17,5 cm
L’artiste fait preuve ici d’un très grand métier.
Avant de cuire des modelages de cette taille (jusqu'à 37cm de haut), il faut évider les corps. Un travail qui va déstructurer la silhouette (au sens propre, la statuette va être découpée pour être évidée, puis recollée).
Comme pour ses marqueteries, Vriz, sait où il veut aller, puis travaille et accepte de s’éloigner du résultat, de la synthèse, pour y revenir en triomphe.

Et la matière, toujours la matière.

Callipyge 18 ; terre cuite patinée ; h 37 X 25 X  25 cm
Callipyge 18 ; terre cuite patinée ; h 37 X 25 X 25 cm
Les Callipyges de Vriz sont des terres cuites originales, uniques, patinées comme des bronzes. Les patines superbes, bleues, à l’ancienne, ou vertes, sont parsemées d’or sur les cheveux et le pubis.
Dans l’atelier, l’illusion est totale, vous pouvez croire être face à des bronzes.

C’est drôle, à l’encontre des codes, comme toujours chez Vriz.

Ce jeu rejoint l'une de ses très anciennes convictions que livrait Bruno Bontempelli dans une préface écrite pour l’artiste à propos de marqueterie :
« Une œuvre d'art est d'abord originale : toute reproduction n'est qu'une version bâtarde. On a quelque fois oublié cette distinction, en accordant par exemple aux bronzes une place qu'on refusait a des œuvres issues de l'art décoratif. VRIZ a balayé cette ambiguïté : ses œuvres sont des tableaux de maître, uniques, et le bois qui les compose y ajoute sa matière précieuse et le mystère de ses ondes. »

Avec ces sculptures, Vriz fort d’une technique inimitable, qui ne peut appartenir qu’à un artiste rompu aux difficultés liées aux « arts décoratifs », donne à la terre cuite, par essence "unique", la monumentalité du bronze, par essence "reproductible"...

Gestes et lignes saisis dans l'instant.

Callipyge 16 ; terre cuite ; h 20,5 X 26 X 18 ; col. part.
Callipyge 16 ; terre cuite ; h 20,5 X 26 X 18 ; col. part.
Certaines statuettes ne sont pas patinées et laissent deviner leur fragilité à travers la couleur de la terre qui les modèle.

Je préfère le jeu des patines qui offre aux volumes des reflets qui poussent les formes loin, dans la lumière, qui donnent du monumental aux silhouettes, qui se jouent en « trompe l’œil » des matières, des forces, poids, fragilité, dissimulés derrière un écrin d'airain.

Degas disait à propos de son travail de sculpteur : "L'à peu près n'est pas de mise ».
VRIZ applique en tous points la phrase de son illustre prédécesseur, en y ajoutant ce je ne sais quoi que l’on nomme « spontanéité ».

Visite du site de l'artiste : www.vriz.fr


Pascale Méker



Mercredi 20 Décembre 2006

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